Côte d’Ivoire: Une application mobile destinée à la fabrication d’engrais bio pour agriculteurs

Côte d’Ivoire: Une application mobile destinée à la fabrication d’engrais bio pour agriculteurs

Voir les agriculteurs ivoiriens fabriquer eux-même leurs engrais et insecticides a été le rêve commun de deux étudiants de l’université de Daloa. Rêve qui s’est concrétisé par la conception d’une application mobile enseignant les techniques de préparation d’engrais et insecticides biologiques à partir de déchets organiques. Cette application du nom de BioSave est une innovation majeure du monde de l’agriculture en Côte d’Ivoire car elle aura un impact non seulement sur la production des matières premières mais aussi sur l’environnement. Notons qu’en Côte d’Ivoire il a été constaté une dégradation importante des sols ces dernières années.

Konan Jeanne Armelle Manhounou et Guehi Jonas Robert étudiants en sciences environnementales à l’université Lorougnon Guédé de Daloa, ont remarqué que les agriculteurs de la région utilisaient beaucoup d’engrais et insecticides chimiques. Ne maîtrisant pas pour la plupart le dosage il s’en suivait parfois des conséquences désastreuses comme pour cet agriculteur qui a complètement détruit son champs à la suite d’un mauvais dosage. Pour pallier à ce problème il leur est alors venu à l’idée de permettre aux planteurs de fabriquer eux-mêmes leurs engrais et insecticides avec des déchets organiques, éliminant ainsi les coûts d’achats assez élevés d’engrais chimiques et réduisant les risques de détérioration du sols. 

Pour la conception de l’application, Jeanne et Jonas ont fait appel à un ancien étudiant de l’université, Kouassi Kotchi Willy Ramses reconverti dans les nouvelles technologies. Ce dernier nous détaille ici toutes les étapes par lesquelles ils ont dû passer pour arriver à l’aboutissement de ce projet. 

Nous avons commencé par enquêter sur les zones où notre application pouvait être utile aux agriculteurs. Nous avons décidé de nous lancer d’abord à M’bayakro, qui se trouve sur la route Daloa-Abidjan. En discutant avec les agriculteurs de ce village, nous nous sommes rendu compte que des sociétés leur vendaient des produits chimiques (engrais, insecticides, etc.) sans leur donner de conseils sur comment les utiliser. 

Un monsieur nous a ainsi dit qu’il n’arrivait pas à vivre de son activité agricole parce que les produits chimiques lui coûtaient très cher, presque 150 000 francs CFA par an [228 euros]. Dans un autre village, non loin, un autre avait complètement détruit son champ en utilisant des produits dont il ne connaissait pas le dosage.

Les agriculteurs de M’bayakro ont rapidement été intéressés par notre projet. Au début, certains ont cru que nous étions une nouvelle société venue leur vendre des produits, mais quand nous leur avons expliqué que notre application visait à leur apprendre des méthodes naturelles, pour les rendre indépendants, ils ont été étonnés. Ils se demandaient ce que nous y gagnions.

“La seule difficulté que nous avons eue, c’est que tout le monde ne disposait pas d’un smartphone”

Pour nous, consommateurs de la ville, c’est important d’avoir des produits naturels. En Côte d’Ivoire, depuis les années 1990, il y a eu toute une tendance pour privilégier les aliments produits dans le pays. Pour cela, les agriculteurs ont cherché à faire beaucoup de rendement, avec des engrais. On ne s’intéressait pas à la qualité du produit, seulement à sa provenance.

Nous avons travaillé avec ces agriculteurs par étape. La première a été de les sensibiliser au tri des déchets, afin de garder les matières organiques qui peuvent servir à la fabrication d’engrais.

Ensuite seulement, nous leur avons présenté l’application, qui propose différentes “recettes” d’engrais faciles à faire soi-même, à partir de ces déchets. La seule difficulté que nous avons eue, c’est que tout le monde ne disposait pas d’un smartphone. Sur 150 personnes, seules 80 en avaient un. C’est pour cela que nous avons aussi pour projet de développer un serveur vocal, disponible sur les portables simples.

Grâce à un prix d’un million de FCFA remporté à un concours national, Konan Jeanne Armelle Manhounou, Guehi Jonas Robert et Kouassi Kotchi Willy Ramses ont pu réaliser un prototype en test depuis août dernier auprès de 150 agriculteurs. Nos trois héros ont eu la brillante idée de traduire l’application en Baoulé et en Malinké, les langues les plus parlées de la région après le français. Ce qui rend donc son utilisation accessible à tous. De par la noblesse de leur cause ils sont également les heureux gagnants du prix Orange 2019 de l’entrepreneur social d’une valeur de 3 millions de FCFA. Selon les dires de Kouassi Kotchi Willy Ramses ils comptent assigner cette somme à la maintenance de l’application et aussi sa traductions en plusieurs autres langues. Ils comptent plus tard étendre leur projet à la mise en place d’une unité de compostage pour fabriquer de l’engrais biologique à plus grande échelle. 

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